Réglementation

Les emballages alimentaires sont-ils toxiques pour la santé ?

Barquette alimentaire en plastique blanc posée sur une table en bois
Photo : Agenlaku Indonesia / Unsplash

En bref

Un emballage conforme, utilisé dans les conditions prévues par son fabricant, respecte des limites de migration fixées pour protéger la santé. Le risque vient surtout de substances aujourd'hui interdites ou restreintes (bisphénol A, PFAS, huiles minérales) et des mauvais usages : chaleur excessive, micro-ondes non prévu, aliments gras ou acides, réutilisation d'un emballage jetable. La réglementation s'est nettement durcie entre 2023 et 2026.

À retenir

  • La migration est le passage de substances de l'emballage vers l'aliment ; elle augmente avec la chaleur, la durée de contact, le gras et l'acidité.
  • L'EFSA a abaissé en 2023 la dose journalière tolérable du bisphénol A à 0,2 nanogramme par kg de poids corporel, soit environ 20 000 fois moins qu'en 2015.
  • Le bisphénol A est interdit au contact des aliments dans l'UE par le règlement (UE) 2024/3190 ; les PFAS sont limités dans les emballages alimentaires depuis le 12 août 2026.
  • L'Anses recommande depuis 2017 de réduire la migration des huiles minérales issues des encres et du carton recyclé.
  • L'Anses déconseille de conserver ou réchauffer des aliments acides dans du papier aluminium.

Pourquoi la question se pose : l'emballage n'est pas inerte

Un emballage alimentaire protège l'aliment, le transporte et informe le client. Mais aucun matériau n'est totalement inerte. Trois phénomènes physiques expliquent les échanges entre l'emballage et l'aliment :

  • La migration est le passage de constituants de l'emballage vers l'aliment : monomères, additifs, résidus d'encres ou de colles, substances formées pendant la fabrication. C'est le phénomène que la réglementation encadre en priorité.
  • La sorption est l'inverse : l'emballage absorbe des composants de l'aliment, comme des arômes ou des graisses. Elle dégrade surtout la qualité gustative.
  • La perméation est le passage de gaz ou de vapeurs à travers la paroi : oxygène, humidité, odeurs extérieures.

Le règlement (CE) n° 1935/2004 impose qu'un matériau au contact des aliments ne cède pas de substances en quantité dangereuse pour la santé. Pour les plastiques, le règlement (UE) n° 10/2011 fixe une limite de migration globale et des limites spécifiques par substance. Un emballage conforme respecte ces limites dans les conditions d'usage prévues. C'est là que se joue l'essentiel du risque en restauration.

Les facteurs qui font grimper la migration

Quatre facteurs augmentent la quantité de substances qui passe dans l'aliment :

Facteur Pourquoi Exemple en cuisine
Température La chaleur accélère la diffusion des molécules Barquette froide passée au micro-ondes
Durée de contact Plus le contact est long, plus la migration progresse Plat préparé stocké plusieurs jours
Matière grasse Beaucoup de substances se dissolvent dans les graisses Frites, fromage, charcuterie, sauces
Acidité Les acides attaquent certains matériaux Tomate ou citron dans l'aluminium ou la mélamine

L'Anses et l'Institut national de la consommation ont étudié en 2025 la migration pendant le réchauffage au micro-ondes. Leur conclusion : les niveaux de certaines substances augmentent au réchauffage, surtout en cas de chauffe extrême. L'Anses recommande de suivre les instructions du fabricant, de préférer une puissance plus faible sur une durée plus longue et de ne jamais réutiliser une barquette à usage unique pour réchauffer.

Bon à savoir : un emballage n'est apte au micro-ondes que si le fabricant l'indique explicitement. Le symbole verre-fourchette ne suffit pas. Voir notre guide emballage micro-ondes : quelles matières.

Boîtes de conservation alimentaire en plastique orange, bleu et vert empilées
Photo : Syed Hussaini / Unsplash

Les substances sous surveillance en 2026

La version de 2022 de cet article citait des doses journalières aujourd'hui dépassées. Voici l'état des connaissances et des règles au 28 septembre 2026 :

Substance Où on la trouvait Statut réglementaire en 2026
Bisphénol A (BPA) Polycarbonate, vernis époxy des boîtes de conserve Interdit au contact des aliments dans l'UE (règlement (UE) 2024/3190) ; en France dans les contenants depuis 2015
PFAS Traitements anti-graisse du papier, du carton et des fibres moulées Limités dans les emballages alimentaires depuis le 12 août 2026 (PPWR)
Huiles minérales (MOSH, MOAH) Encres, carton recyclé Limitées dans les encres d'emballage en France (arrêté du 13 avril 2022, seuil abaissé en 2025)
Phtalates Certains plastiques souples, joints Encadrés par le règlement (UE) n° 10/2011
Mélamine et formaldéhyde Vaisselle en mélamine Limites de migration de 2,5 mg/kg et 15 mg/kg d'aliment
Aluminium Papier et barquettes aluminium Autorisé ; précautions d'usage avec les aliments acides

Bisphénol A

Le bisphénol A est un perturbateur endocrinien. En avril 2023, l'EFSA a fixé sa dose journalière tolérable à 0,2 nanogramme par kilogramme de poids corporel et par jour. La valeur temporaire de 2015 était de 4 microgrammes : le seuil a été divisé par environ 20 000. L'EFSA a identifié des effets sur le système immunitaire et conclu que l'exposition de la population dépassait cette nouvelle valeur. La Commission européenne en a tiré une interdiction. La valeur de 0,05 mg/kg par jour citée en 2022 sur cette page était obsolète. Détails dans bisphénol A et emballages alimentaires.

Phtalates

Les phtalates sont des plastifiants. En 2019, l'EFSA a fixé une dose journalière tolérable de groupe de 50 microgrammes par kilogramme de poids corporel pour quatre d'entre eux (DBP, BBP, DEHP, DINP), exprimée en équivalent DEHP. Elle estimait alors que l'exposition via les matériaux au contact des aliments restait en dessous de cette valeur, tout en signalant un manque de données.

PFAS

Les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) sont des composés très persistants. Ils ont servi à rendre le papier, le carton et les fibres moulées résistants à la graisse et à l'eau. Depuis le 12 août 2026, le règlement (UE) 2025/40 interdit la mise sur le marché d'emballages au contact des aliments qui dépassent des seuils de PFAS. Voir PFAS et emballages alimentaires.

Huiles minérales

En mai 2017, l'Anses a publié des recommandations pour réduire la contamination des aliments par les huiles minérales. Certains composés aromatiques (MOAH) sont considérés comme génotoxiques. Ils proviennent des encres, des colles et du carton recyclé. L'Anses recommandait des encres sans MOAH, un meilleur contrôle des fibres recyclées et des barrières fonctionnelles (PET, acrylate, polyamide) entre le carton et l'aliment. La France a ensuite encadré les huiles minérales dans les encres d'emballage.

Matière par matière : où sont les vrais points de vigilance

Plastiques (PP, PET, rPET). Ils sont conformes s'ils sont destinés au contact alimentaire, mais chacun a ses limites. Le polypropylène supporte le chaud et, selon la référence, le micro-ondes. Le rPET est fait pour le froid et l'ambiant. Évitez le réemploi d'un plastique à usage unique.

Papier, carton et kraft. Le risque vient des encres, des colles et du traitement anti-graisse. Préférez une fibre vierge pour le contact direct avec un aliment gras, et des impressions sur la face extérieure.

Bagasse et fibres moulées. Ce sont des fibres de canne à sucre moulées. Elles tiennent le chaud et le gras, mais la résistance à la graisse peut reposer sur un additif. Demandez l'absence de PFAS ajoutés.

Aluminium. L'Anses déconseille fortement de conserver ou réchauffer des aliments acides dans du papier aluminium. Pour le reste, l'aluminium reste autorisé.

Mélamine. C'est une résine mélamine-formaldéhyde. Elle est adaptée au service de plats froids ou tièdes. Le BfR allemand recommande de ne pas l'utiliser avec des aliments très chauds ni au micro-ondes. La vaisselle « bambou-mélamine » (fibres de bambou liées à la résine) est interdite dans l'UE. Voir mélamine : risques et règles.

Bambou massif, bois, inox. Sans résine plastique, le bambou massif et le bois ne relèvent pas du règlement plastique. L'inox est inerte dans les conditions normales d'usage, lavable à haute température et durable.

Attention : la version de 2022 de cet article associait l'aluminium à de nombreuses maladies (sclérose en plaques, autisme, épilepsie). Ces affirmations n'étaient pas sourcées et ont été retirées. Nous ne publions que les positions des agences sanitaires (EFSA, Anses, BfR).

Ce que la réglementation impose déjà

Le cadre s'est nettement resserré depuis la première version de cet article, en 2022 :

  • Règle générale : le règlement (CE) n° 1935/2004 interdit tout matériau qui céderait aux aliments des substances en quantité dangereuse. Il s'applique à toutes les matières, jetables ou réutilisables.
  • Plastiques : le règlement (UE) n° 10/2011 n'autorise que des substances inscrites sur une liste positive et fixe des limites de migration. Le fabricant remet une déclaration de conformité qui précise les conditions d'emploi.
  • Bisphénols : le règlement (UE) 2024/3190 interdit le BPA et les autres bisphénols dangereux au contact des aliments ; la transition générale s'est terminée le 20 juillet 2026.
  • PFAS : depuis le 12 août 2026, le règlement (UE) 2025/40 fixe des seuils pour les emballages au contact des aliments, sans période transitoire selon la direction générale des douanes.
  • Huiles minérales : en France, l'arrêté du 13 avril 2022 limite les MOAH et les MOSH dans les encres d'emballage ; depuis le 1er janvier 2025, le seuil est de 0,1 % en masse pour chacune de ces familles.

Ces règles pèsent d'abord sur les fabricants et les importateurs. Le restaurateur, lui, doit acheter des matériaux conformes, respecter leurs conditions d'emploi et garder les justificatifs. Pour le détail, voir contact alimentaire : le règlement 1935/2004.

Réduire le risque en restauration : sept réflexes

  1. Choisir des emballages destinés au contact alimentaire et demander la déclaration de conformité pour les plastiques.
  2. Lire les conditions d'emploi : chaud, froid, gras, micro-ondes, durée.
  3. Adapter la matière au plat : PP ou bagasse pour le chaud, rPET pour le froid, verre ou inox pour les plats acides conservés longtemps.
  4. Ne pas réchauffer dans un emballage non prévu pour cela ; en livraison, indiquez clairement si le client doit transvaser.
  5. Ne pas réutiliser l'usage unique ; passer à la vaisselle réutilisable pour les usages répétés.
  6. Écarter la vaisselle abîmée : rayures, fissures et décoloration signalent une dégradation.
  7. Demander l'absence de PFAS et de bisphénols à vos fournisseurs, par écrit.

Pour choisir vos emballages de vente à emporter, consultez notre solution restaurant et vente à emporter. Chaque référence de notre catalogue est proposée avec sa fiche technique et sa déclaration de conformité alimentaire, fournies avec le devis.

Produits cités dans ce guide

Questions fréquentes

Un emballage conforme peut-il quand même être dangereux ?

Il peut le devenir s'il est mal utilisé. La conformité est évaluée pour des conditions précises : type d'aliment, température, durée. Une barquette prévue pour le froid, passée au micro-ondes, peut dépasser ses limites de migration. Respectez toujours les conditions d'emploi indiquées par le fabricant dans la fiche technique ou la déclaration de conformité.

Le plastique est-il toxique au contact des aliments ?

Un plastique autorisé au contact des aliments est fabriqué à partir de substances inscrites sur la liste du règlement (UE) n° 10/2011 et testé pour respecter des limites de migration. Le risque augmente en cas de chauffage non prévu, de contact prolongé avec un aliment gras ou de réemploi d'un plastique à usage unique. Le polypropylène (PP) est le plastique le plus utilisé pour le réchauffage, selon la référence.

Le carton recyclé est-il dangereux pour les aliments ?

Le carton recyclé peut contenir des résidus d'encres, notamment des huiles minérales. L'Anses a recommandé en 2017 de limiter ces composés et d'utiliser des barrières fonctionnelles. En France, un arrêté de 2022 limite les huiles minérales dans les encres d'emballage. Pour un contact direct avec un aliment gras ou humide, préférez une fibre vierge ou un carton doté d'une barrière.

Faut-il éviter le papier aluminium ?

Pas en général, mais l'Anses déconseille fortement de conserver ou réchauffer des aliments acides dans du papier aluminium : tomate, citron, marinades. L'acidité favorise le passage de l'aluminium dans l'aliment. Pour ces plats, utilisez un contenant en verre, en inox ou une barquette prévue pour cet usage.

Les emballages en bagasse ou en kraft sont-ils sans risque ?

Ce sont des fibres végétales, mais leur sécurité dépend du traitement anti-graisse, des colles et des encres. Certains traitements anti-graisse ont longtemps utilisé des PFAS, désormais limités par le PPWR. Demandez à votre fournisseur la déclaration de conformité alimentaire et une attestation d'absence de PFAS ajoutés. Pour nos références, ces documents sont fournis avec le devis.

Peut-on réutiliser une barquette jetable ?

C'est déconseillé. Un emballage à usage unique est conçu et testé pour un seul usage. Le lavage, les rayures et les chauffages successifs peuvent dégrader le matériau et augmenter la migration. L'Anses déconseille notamment de réutiliser une barquette à usage unique pour réchauffer un plat. Pour un usage répété, choisissez une vaisselle réutilisable prévue pour le lavage.

Sources

  1. Bisphenol A in food is a health risk — EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments), 19/04/2023
  2. Update of the risk assessment of di-butylphthalate (DBP), butyl-benzyl-phthalate (BBP), bis(2-ethylhexyl)phthalate (DEHP), di-isononylphthalate (DINP) and di-isodecylphthalate (DIDP) for use in food contact materials — EFSA Journal, 2019, consulté le 28/09/2026
  3. ANSES issues recommendations to reduce foodstuff contamination by mineral oils — Anses, mai 2017, consulté le 28/09/2026
  4. Microwave ovens and chemicals in food packaging — Anses, 29/09/2025
  5. Arrêté du 13 avril 2022 précisant les substances contenues dans les huiles minérales dont l'utilisation est interdite sur les emballages et pour les impressions à destination du public — AIDA, Ineris, consulté le 28/09/2026
  6. Entrée en vigueur du nouveau règlement relatif aux emballages — Direction générale des douanes et droits indirects, 10/08/2026
  7. Questions and answers on tableware and kitchen utensils made of melamine-formaldehyde resin — BfR (Bundesinstitut für Risikobewertung), consulté le 28/09/2026

Sources consultées par la rédaction. Les textes réglementaires évoluent : vérifiez la version en vigueur avant toute décision.

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